COMMENTAIRE SUR LE PROJET DE LOI E.L.A.N.

Les quatre grands sujets de la loi ÉLAN concernent le logement avec deux facettes : construire plus, mieux, et moins cher, avec l’évolution du logement social, et l’amélioration du cadre de vie, et la réponse aux besoins de chacun. C’est prometteur non ?

 

Qui peut être contre la loi Élan et ces objectifs pleins d’humanité ? Qui ne souhaite pas le rajeunissement de nos structures de production du logement social et même de nos conditions de travail ? Personne ne lève la main, mais l’analyse des articles de la loi commence à diffuser les craintes, les angoisses et la colère. Les bailleurs sociaux ont pris le premier coup avec la suppression des APL, et la demande de regroupement des organismes.  Aujourd’hui, les architectes  soufflent leur révolte à grand trait de crayon, le crayon qui écrit, pas celui qui dessine. Car justement, la loi semble oublier celui qui conçoit, qui met en forme, qui dessine, redessine le paysage,  les bâtiments, celui qui imagine avant de construire. Ce savoir faire de l’architecte indispensable, unique, et précisément dans les différents objectifs que se donne la loi.

Des exemples ?

(TITRE 1er, Chapitres I à VI, articles 1 à 24)

Bon, pour construire mieux et moins cher, il n’est pas suffisant et nécessaire de minimiser la phase de conception des architectes juste avant d’utiliser de mauvais matériaux, et en route pour les surfaces minimales, les sites anxiogènes, les matériaux à nuisances, la vie rêvée dans des placards de PVC et de polystyrène. Un bon architecte est aussi un architecte armé pour empêcher de mal faire.

(articles 9 à 11, Chapitre III du TITRE 1er )

Bon, il faut aussi transformer des bureaux vacants en logements ? On se souvient de ces associations d’aide aux sans abris comme le DAL, qui en 2012 ont revendiqué la réquisition de 100 000 logements vacants, ou encore à Toulouse en 2016 demander de réquisitionner des bureaux vides depuis 6 ans à la veille de la trêve hivernale. Voila une idée qui a semé un fort vent d’enthousiasme, on ne va pas aujourd’hui cracher sur la proposition ! Mais les architectes avec leurs groupements doivent être ceux qui vont adapter ces espaces et en faire des logements, oui, mais mieux que décents car le moment n’est plus à refaire les barreaux et les cigares que l’on se plaît aujourd’hui à dynamiter.

(article 54, Chapitre 1er du Titre IV)

Bon, la loi ELAN souhaite aussi revitaliser les centres-villes. Bonjour monsieur le maire, vous voulez revitaliser votre petit centre ville et réaménager la place du village? Ah oui, les grosses et belles  maisons de la place sont vides et vous ne savez pas qu’en faire ? Oui, mais vous avez projeté de construire une maison de santé, et une salle polyvalente au rond point d’entrée sur la commune à trois kilomètres du centre près de l’EPAD. Alors, sur la place on y met des fleurs sur du rien ? Ce n’est pas sérieux Monsieur le maire. Quand l’architecte arrive avant c’est mieux, après voyez vous c’est trop tard.

(article 18, chapitre V du Titre 1er)

Bon, et puis on va construire des logements évolutifs pour s’adapter aux habitants tout au long de la vie. Enfin la loi handicap de 2005 va être revue au grand damne de certains, mais fort heureusement pour nous. On a l’espoir d’y regagner des surfaces perdues dans la généralisation de la loi à tous les logements, et d’échapper à l’enfer des substitutions/ dérogations avec l’invention des  solutions à effet équivalent. Mais l’amélioration de la normalisation n’est qu’un volet de l’histoire et le logement évolutif n’est pas la solution du problème si pensé en terme de cloisons couteuses, difficilement  mobiles  et de réseaux redondants. Le logement évolutif est à réfléchir comme celui qui sera adaptable à tous les handicaps,  pas uniquement au fauteuil,  celui qui dans un immeuble est sujet à une évolution typologique, et pensé dans un ensemble avec des services communs. La encore la spécificité de la conception s’impose très en amont du logement unique et combien plus largement. Qui le fait ?

(article 20, chapitre V du Titre 1er ; et article 28, chapitre II  du Titre II)

Or donc, les architectes crient : suppression des concours/ suppression de la conception, prolongation des marchés de conception réalisation/ main mise des grandes entreprises sur notre métier et sur les petites PME. Affaiblissement de la loi MOP et perte des missions complètes/ porte  ouverte sur la suppression de nombreux marchés de maîtrise d’œuvre et sur la liberté de conception.

Nous voulons des concours ! Nous voulons des concours clament les architectes français soutenus par leurs confrères Européens trop contents d’y être admis, il n’y en a pas chez nous c’est trop bien chez vous, on vous admire !

Pourtant, il fut un temps ou les architectes se plaignaient des concours car trop peu souvent admis,  et les concours pipés ? Trop mal rémunérés ! Et les délais de rendu intenables ? Et la surenchère des prestations par ceux là même qui participent ? Et la négociation finale qui fait perdre le samedi le concours gagné le vendredi sur le choix du président du jury, il est le meilleur mais ? Et puis, le concours n’a pas toujours été un gage de qualité, il faut le reconnaître et savoir aujourd’hui, c’est important, dénicher les erreurs dans l’organisation d’hier. Car le concours, on l’aime, c’est la mise en pression du concepteur, la motivation dopée vers l’idée, l’ouverture d’esprit du maître d’ouvrage qui s’accorde le plaisir du choix, la rationalité de la comparaison,  la réponse anticipée au programme imaginé et débattu, le dialogue sur la mise en forme.

Par opposition, on connaît les choix faits sur les marchés à procédure adaptée.  Nous y sommes les « Castafiore » de la note méthodologique, « Ah que je suis belle en ce miroir » sans cesse répété, pendant que nos ordinateurs impriment par milliers les feuillets insipides, quoique parfois importants, et sans relation avec notre aptitude à faire et à bien nous entendre avec celui qui demande. Car  le concours c’est toujours la rencontre des équipes de conception et de maîtrise d’ouvrage sur le vif du sujet et non pas que sur les chiffres et les lettres.

Nous devrions ouvrir encore ces concours vers de nouvelles propositions, vers de jeunes équipes, pour donner à chacun la possibilité de participer et offrir des réponses plus variées. Nous devons sortir d’un système intéressant mais sclérosé. Pourquoi ne pas imaginer des concours plus ouverts peut être avec des remises de prestations différentes, plus légères, mais bien ciblées sur les vraies questions ? Tout est encore à proposer.

Avec l’envie d’améliorer les conditions de travail des architectes, le syndicat de l’architecture lance cette idée forte et son concours ouvert sur le logement en question. (www.lelogementenquestions.fr)

 

 

 

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